Les dictionnaires
latins et grecs donnent à " machine " le sens d'invention,
d'" assemblage artistiquement réuni " ; la machina mundi
de Lucrèce renvoyait à une édification savante dans
la familiarité des dieux au travail. Savantes également étaient
supposées ces machinations vouées au mal, ces machines infernales,
outils de noirs desseins. Elles ont été elles aussi "
instrumentalisées " ; l'Encyclopedia universalis ne connaît
plus que la machine-outil, débarrassée de l'horloger que Voltaire
concédait encore à l'horloge comme de la symbolique de l'outil
prolongeant la main de l'homme.
Ce numéro 15 analyse quelques étapes du passage de l'harmonie
du monde à son spectacle chez Giordano Bruno, en regard aux créations
de machines inspirées imaginaires, comme celles conçues par
Dupuis à la fin du XVIIIe siècle ou Leopoldo Lugones à
la fin du suivant. On ne peut que constater l'aptitude du monde contemporain
à repeupler les espaces intermédiaires explorés par
les technologies de pointe et son incapacité à disqualifier
les questions métaphysiques posées par une autre exploration
technique, celle de l'indéfiniment petit. |