Ce roi étranger,
sans génération, et dont le royaume est inconnu, aurait pu
se perdre au milieu de la foule anonyme des princes cités dans la
Bible : il n'en fut rien parce que son éphémère irruption
correspondait à un moment décisif, il a béni Abraham
et sa lignée, celui-ci lui a versé la dîme et comme
l'a souligné saint Paul, ce n'est pas l'inférieur qui bénit
le supérieur. Cette précellence servit à légitimer
le sacerdoce chrétien " selon l'Ordre de Melchisédech
". Elle devait inspirer également bon nombre de courants de
pensée hétérodoxe, entre les non- dits de son origine
ou de sa fonction et le non lieu de sa cité de Salem, depuis les
gnostiques de l'Antiquité jusqu'à Guénon en passant
par les maçons du XVIIIe siècle.
Paul-Marie Guillaume et Philippe Lefebvre replacent cet étrange personnage
dans son contexte biblique d'origine ; Jean-Daniel Dubois analyse un exemple
gnostique ; Pierre Mollier décrit la fortune maçonnique du
roi parmi les Rose-Croix ; Paul Airiau nous introduit dans l'univers de
la légitimité monarchique au XIXe siècle, Alessandro
Grossato et Jean-Pierre Laurant, enfin, étendent au monde hindou
et à l'univers traditionaliste guénonien les correspondances
" melchisédechiennes " avec les fonctions du " Chakravartin
" et du " Roi du Monde ". |